J’ai présenté, dans l’article précédent, une esquisse de couverture qui a donné lieu à un petit échange épistolaire entre Sylvain Runberg (et non Nuremberg, comme d’aucuns pourraient le croire), mon acolyte sur Reconquêtes, et moi-même. Je le copie ci-dessous, prouvant, si cela était nécessaire quel degré de conscience professionnelle atteignent parfois les auteurs dans leur recherche de l’exactitude et du réalisme…
Sylvain:
- « Ça n’arrête pas donc !
J’ai vu ton nouvel essai de couverture. Elle me plaît aussi, c’est du bien beau travail, mais elle ne me plaît pas forcément plus que l’autre en revanche. Je dirais que celle-ci est peut-être plus efficace (ça se discute évidemmennt) mais peut-être que la première est plus originale dans sa construction.Sur la nouvelle, j’aurais deux remarques/suggestions : la première, effectivement ne pas lésiner sur les marques, les blessures et le sang du personnage en premier plan, qu’on marque bien qu’il s’agit ici d’une guerrière dont le corps souffre des combats qu’elle livre. C’est aussi une manière de marquer le réalisme que l’on veut associer à notre série.Ensuite, c’est une question de morphologie pure. La protection qu’elle porte sur les épaules et sur sa poitrine se termine pile poil (désolé
sur ses tétons. Et comme elle semble nue sous la protection et que celle-ci n’est pas arnachée à ce niveau, ça crée donc des frottements sur une zone hautement sensible, dont on peut imaginer qu’au bout de quelques heures de mouvement elle devienne la proie d’irritations difficilement supportables, même pour une Sarmate
Donc à mon sens, soit les tétons sont à l’air, soit la protection doit être un peu plus étendue. »

François:
- « Ah ah, on voit que tu t’y connais en la matière! Je te donne entièrement raison sur ce point sensible…
Mais il y a aussi l’appât qui compte! L’appât que constitue le jeu qui consiste à en montrer juste assez et à ne pas trop en cacher! à souffler au lecteur qu’il lui suffirait de si peu de chose pour en voir davantage, comme de tourner la page et… le tour est joué!
La couverture obéit à des règles qui transcendent celles qui régissent les planches. Des règles adaptées à un monde impitoyable: celui du marché.
Tu sais, moi qui suis assez à cheval (que veux-tu, les jeux de mots et moi…) sur l’exactitude historique, je lâche un peu la bride quand il s’agit de la couverture; il FAUT amener l’acheteur potentiel à prendre l’album en mains! Pour cela, tous les coups sont permis, ou presque. Même de jouer un tantinet avec le respect d’une certaine véracité historique.
Mais je ne dénuderai pas complètement sa poitrine.
Commercialement, cela réduirait le nombre de client(e)s possibles. C’est Catherine qui m’avait fait la remarque, il y a déjà un bon bout de temps, à propos d’une ébauche très rapide de couverture où la guerrière apparaissait les seins au vent (pour ne pas dire les boules à l’air, comme on le dit parfois ici) et bien en vue au premier plan. J’en avais glissé un mot à Pôl et il confirmait qu’en ce qui concerne la couverture, il serait plus judicieux de conserver une once de pudeur bien placée.
Bon, nous verrons ce que dira l’éditeur à propos de ces esquisses et je te promets d’étudier la question si celle-ci est retenue.
Mais je m’étonne tout de même que tu n’aies pas su que ces plaques pectorales étaient soigneusement matelassées de douce laine d’agnelet, pour un plus grand confort sur le champ de bataille et à la maison.
Ah, tu parles, ces scénaristes!… Que deviendraient-ils si les dessinateurs n’étaient pas là!! »
Sylvain:
- « Alors, s’il y a une matelas de douce laine d’agnelet, que dire de plus ?
Mais je pense que Catherine a raison (et mon amie remarque aussi ce genre de choses quand elle passe en librairie en France). La nudité (ou semi-nudité) n’est aujourd’hui certainement pas un gage d’un surplus de lecteur (à part pour quelques frustrés demeurés à qui on ne s’adresse pas particulièrement ;), ça pourrait être même l’inverse, puisqu’en plus, aujourd’hui, de plus en plus de lecteurs sont des lectrices.
Après si c’est justifié, il ne faut pas non plus se censurer. Mais je suis d’accord qu’une poitrine féminine dénudée dans un décorum guerrier en couverture pourrait à froid porter préjudice à ce qu’on fait, et nous associer à ces titres proto-adolescents et bas de gamme (même si leurs auteurs ont parfois un âge bien mûr
où des personnages masculins habillés chaudement des pieds au front côtoient des héroïnes qui sont elles en strings et soutient gorges rikiki (mais toujours à fortes poitrines), malgré le blizzard montagnard ou le froid spacial dans lesquels tout ce beau monde est censé évoluer !
Chez nous au moins, il fait chaud et tout le monde fait en sorte de s’aérer comme il se doit, guerriers comme guerrières
!
Mais voyons voir ce que dit notre éditeur et on pourra aviser en temps voulu !
Cela dit, je le répète, tout ceci est très beau !

Encres de Chine et de couleur